Dans un monde hypocrite, Harper Simon ne serait pas le fils de Paul Simon. Il aurait voulu être lui-même et n’aurait pas écrit des chansons en pastichant involontairement le style des tubes irrésistibles écrits par son paternel. Son album serait juste celui d’un fils de. On dirait partout en riant à moitié qu’écrire des chansons tient aux gènes et qu’il suffit d’avoir les bons. De toute évidence, Harper Simon n’a jamais poussé le snobisme jusqu’à renier la musique qui a bercé sa vie. Pourquoi faire du Death metal ou de la bossa nova quand on a vu les Beatles ou Neil Young venir taper le bœuf dans le salon familial ?
Là, papa et ses copains s'amusent bien, même si ce n'est pas ce qu'on peut aller un boeuf et un salon familial...
Pour expliquer la réussite du premier album de Harper Simon, pas de gènes, pas de prédispositions biologiques, encore moins un quelconque pistonnage immérité, mais un environnement riche et une technique exceptionnelle visiblement très bien transmise, certainement pas par magie…
Ainsi le fils du forgeron sait quel marteau choisir pour modeler le fer, ainsi le fils du songwriter connaît les suites d’accords qui marchent presque à tous les coups, le contrepoint juste à un refrain qui fonctionne, les nappes de lap steel guitar qui donnent à un bon morceau un son singulier.
Rien d’irrationnel donc, et pourtant ce disque sait aussi être excitant, ne pas se complaire dans un éternel pastiche sans saveur. L’habileté n’est pas tout, et si elle est indéniable, elle laisse par moments la part belle à des mélodies, des effets, qui ne sont pas ceux de l’auteur de « Mrs Robinson », « The Sound of Silence » ou « Cecilia », et qui témoignent d'une volonté de ne pas faire dans l'esbrouffe.
D'ailleurs, au vu du très mince filet de voix qui est celui du fils, on peut s'étonner qu'il n'ait eu l'idée de se trouver un acolyte blond à bouclettes. Le succès du père s'est bâti, grâce à un immense talent d'écriture, en dépit d'une quasi-absence de voix, dont témoignent la plupart de ses shows seul. À titre de comparaison :
à deux...
..et seul
Seul, Harper Simon a d'autant plus de courage à monter sur scène, car il ne se montre pas forcément digne de sa performance studio
David Letterman, plus influent que Nagui, Michel Drucker et Michel Denisot réunis, a l'air circonspect...
Harper Simon est donc avant tout un musicien talentueux, mais qui se trouve être le fils de Paul Simon. Vous l'aurez compris, acheter son album est peut-être une meilleure idée que d'aller le voir en concert. C'est d'ailleurs sur son album qu'il doit être jugé, non sur sa biographie, même si ses chansons résonnent à chaque instant de l'héritage familial. Il jouit de grandes capacités à écrire des chansons simplement efficaces, savamment orchestrées. Plus malin que tout le monde, Harper Simon ne tente même pas de cacher pas son ascendance, et signe là un album très habilement composé, interprété et produit.
Alors que le hip-hop a largement pris la place du rock comme divertissement musical de contestation, le rock exprime chaque jour la nostalgie de son âge d’or et fantasme sa propre mort. Heureusement, face au pessimisme généralisé, quelques irréductibles rockeurs croient encore à l’avenir de la musique de Chuck Berry, Captain Beefheart et Jean-Jacques Goldman. En exclusivité mondiale, Snatch a voulu tenter de faire avancer le schmilblick, qui n’est pas spécialement alerte depuis trente ans. Heureusement, quelques esprits lumineux du monde de la musique populaire électrifiée, du spectacle vivant et de la littérature pour enfants ont accepté d’éclairer notre lanterne.
Dans notre pérégrinations sur les routes noires et dangereuses du rock n’roll circus, nous avons bizarrement, nous avons d’abord croisé quelques vieillards séniles, qui se baladaient à dos d’âne en Transylvanie, portant avec eux des mandolines et des luths polonais du XIVème siècle afin de se rendre à leur prochain concert. Un ptérodactyle les suivait, portant sur son dos les T-shirts à l’effigie du groupe et vinyles dédicacés qui allaient permettre aux vénérables stars de mettre du beurre dans les épinards et de payer leur petit-déjeuner à l’hôtel formule un de Bucarest. Port altier, cheveux longs en arrière, gammes atonales et progressions d’accord bi-pentaphoniques, mais oui ! C’était la troupe de Yes qui débarquait.
Après avoir discuté quelques minutes du dernier album de Alizée, Rick Wakeman, Steve Howe et ses comparses ont répondu à la question qui nous taraudait. « Yes, le rock peut mourir demain, il peut même mourir hier, le prog-rock en est la preuve ». Limpide… Comme pour étayer ces arguments, le dragon-mascotte du band dessina le logo du groupe avec des flammes dans le ciel magyar. Le rock, c’est comme les dinosaures, il peut mourir à tout moment, donc il faut veiller au grain. Les maîtres de la guitare à 18 cordes partirent, nous laissant seuls, toujours aussi perplexes. Nous nous remîmes en route.
Quelques jours plus tard, nous fîmes une étape sur les lieux du festival de Sziget, à Budapest, qui accueillera notamment cet été Iron Maiden, Muse, Gwar, Faithless, Papa Roach, The Toy Dolls, The Hives, The Specials, Gentleman & the Evolution, Danko Jones, Ska-P, Kasabian, The Cribs, Billy Talent, Gorillaz Sound System, Skindred, Bad Religion, Ill Niño, 69 Eyes, Children of Bodom, Paradise Lost, Monster Magnet, Enter Shikari, Gotan Project, Infected Mushroom, Subsonica, Lyapis Trubestkoy, K.I.Z. (du 11 au 16 août). Soudain, des éclairs inondèrent le ciel, et un solo de guitare jaillit dans la nuit hongroise : c’était Potiron, camarade du lutin à bonnet bleu le plus célèbre du monde, qui faisait un bœuf en ville avec des copains. Il nous mena à Miniville, qui organise aussi un festival cet été, dont la programmation n’a pas encore été annoncée. Grâce à Potiron, nous eûmes la chanson de rencontrer le fameux Oui-oui, qui, contrairement à l’opinion courante, a un avis très arrêté sur le rock. Nous pénétrûmes dans la hutte de Oui-oui, qui surfait sur internet (snatch-mag.com, gonzaï, deezer) en écoutant Pavement.
Nous lui posûmes notre question, mais occupé à réserver ses places en ligne pour le prochain concert de Pavement au Zenith de Paris le 7 mai, il détourna sa tête de head-banger frénétique. Comme seule réponse, il opina et laissa échapper un peu convaincant « oui, oui ». Peu édifiés sur le problème qui nous obsédait, mais toujours porté par l’idéal du journalisme culturel d’investigation, il fallut donc poursuivre notre quête.
Nous décidons de tenter notre chance là où tout a commencé, dans le pays où rêver est encore un droit, où Anton Newcombe trouve son inspiration si foudroyante, où Britney Spears déclenche des émeutes grâce à sa rock attitude : les Etats-Unis d’Amérique. D’ailleurs, à peine arrivés à L.A., nous filons dans un Burger King que nous a conseillé le leader du Brian Jonestown Massacre lorsque nous l’avons croisé à Paris. Au-dessus du comptoir d’om exhalent des senteurs inconnues, une télé diffuse un hit de la fraîche rockeuse californienne.
Après tant de temps de désespoir et de luttes vaines, le rock renaîtrait-il de ses cendres ? Mais oui, partout, on entend des jeunes aux hormones en pleine implosion qui subliment leur irrépressibles élans dans une musique rebelle, violente, à la fois sombre comme la mort et suave comme un cubi de Jack Daniels. Nous retrouvons même de jeunes françaises qui se sont perdues sur la route de Disneyworld. Leur réputation les a précédé auprès de nous, grâce à des confrères mieux informés que nous (http://www.gonzai.com/content/radio-activites-bitch-d%C3%A9complex%C3%A9es-et-bile-%C3%A0-facette). Aussi leur demandons nous, béats, quelques autographes pour le rédac chef, la famille et pour les vendre sur e-bay. Elles assouvissent notre désir de signatures de stars : c’est ça aussi être rock en 2010.
Seuls dans la mégolopole, nous errons, quand des sons distordus écorchent divinement nos oreilles. Comme un vaudou chilien en goguette, c’est le fantôme de Jimi Hendrix qui fait pleurer sa Stratocaster dans les ruelles de L.A. Nous nous approchons, guidés par les premières notes d’un classique du gaucher de Seattle. Surprise, ce n’est pas lui, mais une sorte de chimère entre Stevie Ray Vaughan, Étienne Daho et un Jonas Brother.
Après quelques dures négociations avec son attaché de presse, le brun au regard ténébreux comme une soirée strip-scrabble avec Debbie Harry nous convie dans sa loge. Il avoue être exténué par tant de rock n’roll, de sueurs, de sang et de larmes, mais se remémore quelques proverbes d’Eddie Barclay pour se donner du courage. De toutes façons, c’est un fan de longue date de Snatch magazine. « C’est un honneur d’être interviewé par une publication aussi prestigieuse », confie t-il avec dans la voie des trémolos aussi funèbres que ceux qu’il tirait quelques instants plus tôt de son modèle spécial de chez Fender. Enervés par son attitude servile, nous lui rentrons dans le lard, pas de chichis avec la maison, on sort notre calepin et on envoie la question à l’ancienne, de but en blanc. L’air nullement surpris, il plante ses yeux dans les nôtres et fait voler en éclats tous nos doutes, tandis qu’une jeune fille dénudée lui offre une coupe de champagne en lui tendant ses lèvres :
« Non, nous dit John Mayer, tant qu’il y aura des beaux gosses qui feront des reprises de Hendrix en costard, le rock restera vivant. Aujourd’hui comme hier, demain et pour l’éternité. »
Nous voilà libérés, le rock n’est pas mort, il est vivant ! Il est vivant ! Abasourdis par notre bonheur, nous oublions notre déontologie, prêts à accompagner le jeune rébelle aux doigts d’or dans tous ses excès. Pris par l’ivresse de l’âge électrique, tandis que John nous fait écouter la maquette de son prochain duo avec un prince de la house, nous acceptons une coupe de la liqueur qui donne de l’énergie aux vraies rock stars. Oh non, le rock n’est pas mort. Il n’est juste plus très frais.
Romain Turzi est né à Versailles il y a une trentaine d'années. Il a été désigné comme le fer de lance d'un supposé mouvement néo-krautrock ...français. Si cette influence germanique 70's est omniprésente dans la musique qu'il crée, ses albums A et B montrent qu'il est plus qu'un petit copieur complexé. Turzi est un groupe français d'une musique qui est sans doute du rock, qui est peut-être psychédélique, et surtout résolument singulière...
Un morceau des débuts de Turzi
La genèse de Turzi par Turzi
Un des principaux titre de B, le deuxième album de Turzi
On connaissait la reprise assez intéressante mais pas vraiment dans l'esprit de la chanson qu'a réalisé le groupe Nouvelle vague. Celle de José Gonzalez est vraiment plus poignante.
La version originale pour ceux qui seraient passé à côté, quelque soit leur âge. Si c'est le cas, attention, dans 5 secondes votre vie va changer...
Si vous n'avez pas aimé, je vous invite à aller acheter un best of de Michael Jackson ou les oeuvres complètes de Christophe Maé. Si vous avez aimé, je vous laisse tranquille, vous avez autre chose à foutre, comme vous procurer quelques albums de Joy Division par exemple.
Je voulais partager quelques vidéos de ce musicien underground qui était pas loin de ce que le garage avait produit de mieux depuis 20 ans. Mais j'ai appris aujourd'hui qu'il est mort hier à l'âge de 29 ans... Ce sera donc pour une prochaine fois, je prendrai le temps de revenir sur quelques chansons de la carrière finalement courte de ce prolifique auteur.
Les "one hit wonders" sont, en bon français, les groupes qui n'ont visé juste qu'une seule fois, sans explication, le temps d'un tube immédiat, ou par une chanson que la postérité a mystérieusement retenue. American Breed est un groupe de la scène pop/blues/rock de Chicago des années 60. Ils n'ont jamais vraiment été des stars, en dépit de leur maîtrise de la danse chaloupée, ce dont témoigne cette "promo", comme l'on désignait alors ce qui deviendra le vidéoclip. "Bend me, shape me" est leur plus grand et unique tube, que Lenny Kaye, compilateur des fameux Nuggets, n'a semble t-il jamais jugé bon de célébrer.
(pour ceux qui connaissaient déjà ce hit en puissance, ce n'est effectivement pas la version la plus connue, c'est une version "stereo" avec plus de basse et de cuivres, et elle n'est pas si mal...)
Ils sont aux New York Dolls ce que les Strokes sont aux Ramones, des minets bien polis. Ils sortent Contra, un album plutôt vraiment pas mal, avec une pochette à l'iconographie bien mystérieuse.
Deuxième incongruité, on peut télécharger gratuitement sur leur site le morceau au nom sibyllin : "Horchata"
On peut voir depuis quelques temps sur Youtube le videoclip de "Cousins" (fort peu original certes, mais efficace) :
Ils ont aussi eu l'idée étrange de passer chez Nagui a Taratata et celle non moins étrange d'y faire une reprise de Plastic Bertrand, dans un yaourt incompréhensible mais avec un succès certain :
Décidément, ces Vampire Weekend sont de drôles d'oiseaux. D'ailleurs, presque sans aucun rapport voici le clip ahurissant de"Birds", musique par Vitalic et image par Pleix, un collectif pluri disciplinaire parisien assez étonnant. ( http://www.pleix.net/ )
"Je suis électrique par nature. La musique est un sol électrique dans lequel l’esprit vit, pense et invente. C’est du courant électrique et ce courant électrique traverse tout le circuit de notre corps. Quand la musique s’arrête, nous nous trouvons modifiés. Nous sommes modulés."